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Réforme des retraites : l’âge de tous les (im)possibles ?

Thérèse Hergott

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Avec Eric Woerth fraîchement nommé aux commandes de la réforme des retraites, aucun doute, ce projet gouvernemental est entre de bonnes mains !

D’un point de vue purement gouvernemental s’entend, car d’expérience on connaît désormais dans la Fonction Publique le palmarès et les méthodes de ce bon élève appliqué, qui a davantage la réputation d’un bulldozer que d’un négociateur. Et qui ne parait pas avoir été mis là pour temporiser et faire dans la concertation pour parvenir à ses fins…

Si on veut bien prendre un peu de recul et examiner le dossier de manière dépassionnée, on peut s’apercevoir qu’il y a comme un léger problème conjoncturel qui se pose à nos réformateurs professionnels et partant, aux citoyens directement concernés par le sujet.

Car il ne suffit pas de décréter qu’une réforme est nécessaire pour qu’elle soit juste ; comme il ne suffit pas d’en revendiquer le caractère impératif pour qu’elle s’applique.

Une loi interdisant aux averses de mouiller empêcherait elle les nuages de pleuvoir ?

Assurément non ! Et pourtant, la réforme des retraites telle que le gouvernement ambitionne qu’elle soit mise en musique par Mr Woerth relève du même axiome paradoxal.

Vouloir allonger la durée de cotisations en contraignant les salariés à cotiser plus longtemps pour partir plus tard en retraite, au motif que cela équilibrerait les caisses et que l’allongement de l’espérance de vie s’y prête par nature, c’est nier la réalité économique et sociale hexagonale.

En consultant simplement quelques tableaux statistiques publiés ces jours ci, on s’aperçoit que les « chiffres du chômage » sont explicites en la matière. Même possiblement minorés, ces chiffres sont tout de même éloquents.

En l’espace d’une année, les plus de 50 ans frappés par le chômage sont désormais, toutes catégories confondues, 667 600 (chiffres février 2010) à émarger à Pôle Emploi, contre 554 800 l’an dernier à la même période. Une augmentation de 20 % qui affecte davantage les hommes que les femmes et qui inscrit durablement dans la précarité la catégorie dite seniors.

Dès lors, après le fameux « travailler plus pour gagner plus », ne serions nous pas parvenus aujourd’hui à un slogan moins prétentieusement bling-bling, mais hélas plus probant, le « travailler oui mais où ? »…

Lequel souligne bien l’écueil majeur auxquelles sont confrontées les classes d’âge concernées dans les quinze prochaines années par un départ en retraite : celui d’une absence persistante de perspective d’avenir professionnel entre la date de leur licenciement et celle où ils seront autorisés à faire valoir leurs droits à la retraite.

Et à quelle retraite ? Avec des montants de pension calculés sur les meilleures années de cotisation, encore faudrait il que le salarié ait eu de bonnes années de cotisation… Ce qui n’est évidemment pas le cas en période de chômage, surtout de longue durée, couplée avec le versement de minimas sociaux.

Une fois de plus, au mépris de toute considération humaine, on veut nous imposer un système inique, déconnecté des réalités et facteur d’aggravation de cette fameuse fracture sociale qui n’a cessé de s’accentuer ces trente dernières années.

Après nous avoir longtemps annoncé (à tort) que le chômage se résorberait de lui-même par le départ en retraite des baby boomers, on tient à nous vendre pour incontournable cette réforme des retraites qui n’a d’autre but que d’instaurer un système de fonds de pension dont on sait précisément que la gestion à l’échelle planétaire est l’un des principaux facteurs d’aggravation de la situation de crise que nous traversons.

Date de publication : 31 mars 2010
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