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Gel du salaire des fonctionnaires : « L’Etat doit plutôt rattraper le pouvoir d’achat perdu »

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Dans la presse | Force Ouvrière

Pascal PAVAGEAU, secrétaire confédéral Force Ouvrière aux questions économiques, dénonce le gel des salaires dans la fonction publique, le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux, et critique la prime « inégalitaire » prévue uniquement pour les salariés du privé. Entretien.

Le gel des salaires dans la fonction publique a été entériné, annoncent Les Echos. Selon Bercy, augmenter d’un point l’indice des salaires coûterait 900 millions d’euros par an. Toutefois, le ministre des Finances promettrait « un geste futur » à l’approche de la présidentielle, si la croissance repart. Est-ce crédible ou juste synonyme de promesse électorale ?
Non ce n’est pas crédible. Le gel du point d’indice est concret en 2011. Il a été officialisé pour 2012, et s’inscrit dans le budget triennal 2011-2013. Chez Force Ouvrière, nous y sommes catégoriquement opposés, et tenons à rappeler que la perte du pouvoir d’achat depuis 2001 a baissé de 10 % chez les agents et les fonctionnaires.

Le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite a été acté par le gouvernement, même si les positions officielles divergent. Un changement est-il encore possible à l’approche de 2012 ?
C’est toujours possible, mais c’est surtout une décision politique. Nous considérons qu’on a touché l’os. On est dans un niveau de désaffection des services publics, et notamment dans la fonction publique d’Etat.

Quelles en sont les conséquences concrètes depuis sa mise en oeuvre ?
Les préfets réagissent aussi parce qu’ils ne peuvent plus exercer leur mission de service publique. Si la tête ne veut pas, les jambes ne peuvent pas. C’est dramatique pour les agents et fonctionnaires, mais aussi pour les usagers, comme les missions de sécurité civile. C’est une politique aberrante, dogmatique. Nous en payons le prix tous les jours.

Combien de postes ont été supprimés alors ?
Bercy, et plus généralement le gouvernement, dit que 200 000 emplois publics ont été supprimés entre 2007 et 2012. Or chez Force Ouvrière, nous estimons à 400 000 le nombre d’emplois supprimés. Dans les départements par exemple, les deux tiers des effectifs auront été supprimés d’ici 2012. Il n’y a plus de « compétence travail » au département, comme la DDE, il faut se reporter à la région.

La fonction publique territoriale n’est pas concernée mais qu’en est-il de la fonction publique hospitalière ?
La fonction publique hospitalière est aussi concernée. La création de certaines autorités est une RGPP maquillée (ndlr : révision générale des politiques publiques de 2006). De la même manière, la réforme de la taxe professionnelle aboutit au même résultat. Les ressources et les moyens ont considérablement diminué, faisant que la plupart des élus a dû tailler dans les salaires. Même dans la fonction publique territoriale, la non-titularisation et l’externalisation de service sont monnaie courante.

Dans l’éducation nationale, les syndicats des enseignants et associations de parents d’élèves craignent que 3 000 classes soient supprimées à la rentrée 2011, car 9 000 postes n’ont pas été remplacés cette année…
Ce ne sont pas 3 000 mais 4 000 classes qui seront supprimées. Les établissements primaires et secondaires ferment beaucoup plus en milieu rural. Dans des villes plus urbaines, on passe de 2 à 3 collèges, alors que le nombre d’élèves augmente. Par exemple, dans le quartier de la Source à Orléans, il ne reste que 2 des 3 collèges ZEP. Or le nombre d’élèves a augmenté. Une inspectrice d’académie y a même invité les parents d’élèves de CM2 à inscrire leurs enfants dans le privé s’ils en ont les moyens.

Aujourd’hui, Christine Lagarde, la ministre de l’Economie a annoncé que la prime de 1000 € ne serait pas « obligatoire » pour les salariés dans les entreprises privées versant des dividendes. Or rien n’est prévu de similaire pour le secteur public. Qu’en dîtes-vous ?
L’Etat est l’un des principaux employeurs, avec 23 % d’actifs. Cette prime est inégalitaire puisqu’elle exclut plus d’un cinquième de la population active. Le paradoxe, de plus, c’est qu’elle serait un encouragement aux dividendes, alors que c’est le salaire qui est fondamental.

Inversons les choses : l’Etat ayant le pouvoir d’augmenter le SMIC, il doit pouvoir faire l’inverse : ne pas geler le salaire, mais plutôt rattraper le pouvoir d’achat perdu depuis 10 ans, et En tout cas, ce gel pour 2011-2012 donne un signe ravageur aux employeurs privés. Il faut une vraie politique publique. La valeur du point d’indice doit être vraiment réactualisée. Le salaire ne doit pas être une conséquence, mais l’élément au coeur de la politique économique. Cela relève de la responsabilité de l’Etat.

© Public Sénat César Armand Le 18.04.2011 à 18:21

Date de publication : 19 avril 2011
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